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LE PROJET INSTITUTIONNEL DE LA MAISONNÉE   

 

6. MODES D’ÉLABORATION ET DE SUIVI DES PROJETS INDIVIDUELS

 

Nous insistons sur le fait qu’il s’agit du projet de la personne elle-même, distinct des projets des intervenants, de la famille, avec pour but qu’elle acquière la meilleure qualité de vie.

Nous souhaitons que la personne à handicap mental soit actrice de sa vie. D’autre part, outre que cela nous paraît une position de respect minimum, nous sommes convaincus de l’intérêt pour son évolution personnelle d’adopter vis-à-vis d’elle des positions de vie ok+/ok+. Par position de vie ok+/ok+, nous entendons la reconnaissance que chacun a de ses capacités et de ses compétences, tant la famille et les différents intervenants que la personne à handicap mental. Cette attitude d’estime de soi et de l’autre fait que tout un chacun possède en soi et reconnaît chez l’autre les ressources pour agir et la responsabilité de ses actes. Cette position de vie permet d’aller de l’avant avec l’autre. Nous estimons donc que la personne est tout à fait capable de définir un projet de vie. D'ailleurs nous avons pu observer à de nombreuses reprises que plus la personne se montre partie prenante de son projet, plus la réussite de celui-ci est grande.

Nous optons aussi pour une vision systémique de la personne et considérons donc la personne dans sa globalité. Pour ce, lors des réunions projet individuel sont présents les différents intervenants qui ont été ou seront impliqués directement avec la personne à handicap mental (psychologue, garant hébergement, garant animation, si demande : directeur, chef éducateur…), et lorsque cela est possible la famille, un proche de la personne à handicap, voire quelqu’un qu’elle souhaite inviter (compagne, compagnon, ami…). Pour nous il va de soi que la personne à handicap mental assiste à l’entièreté de son projet et y soit réellement participante...

Les projets individuels sont contractuels. La personne s'engage, ainsi que les différents membres du personnel et la famille, à faire en sorte que le contrat soit respecté. Nous demandons d'ailleurs à la personne à handicap de signer son projet et elle en reçoit, sous la responsabilité du chef éducateur, une copie (souvent le projet est adapté en fonction des compétences de la personne à handicap par son garant). 

En fonction de ses capacités et de ses compétences, la personne accueillie devient acteur de son projet et pour l’assister, la guider, elle dispose d’un garant hébergement et d’un garant travail.

En fonction de ses capacités et de ses compétences, la personne accueillie devient acteur de son projet et pour l’assister, la guider, elle dispose d’un garant hébergement et d’un garant travail.

 

6.1. Le garant, rôles, fonctions et actions :

 

Le choix du garant se fait surtout en tenant compte de la demande particulière de la personne hébergée ainsi qu’en fonction des disponibilités des éducateurs. Le garant a pour principale fonction d'aider la personne à handicap mental à élaborer son projet. Son objectif principal est de créer un lien qui permette à la personne d'exprimer, le plus librement possible, son projet de vie, et ce de manière évolutive et progressive. Il centralise et distribue ensuite un maximum d'informations sur le projet individuel élaboré avec la personne, et fait ainsi en sorte que le projet soit connu et appliqué par les autres éducateurs, via les réunions d’équipe.

 

Le rôle du garant consiste à « parenter » le résident :

* Lui apporter protection

* Lui donner des permissions

* Il veille à l’application et au respect du Projet Individuel (PI) de sa « garantie » par tout un chacun.

 

Ses actions consistent entre autre à :

* prêter une attention particulière aux personnes dont il est garant

* négocier avec le résident le PI et le rédiger avec lui

* rencontrer avec le résident les collègues et négocier avec eux les projets du PI

* si nécessaire, se faire aider par un collègue et / ou par son responsable pour la rédaction du projet

* remettre à temps le document complété à son responsable 

* participer à la réunion PI ou s’y faire remplacer (si besoin) et soutenir le résident dans sa prise de parole, via des moyens adaptés

* diffuser les projets du résident aux collègues et garantir par la suite le suivi de ceux-ci par chacun

* transmettre obligatoirement ses responsabilités de garant à des collègues qu’il proposera à son responsable, en cas d’absence prolongée ou de départ

* prévoir les fêtes (anniversaire..)

* avoir une attention plus particulière à la dynamique familiale de sa « garantie »

* assurer le suivi de deuil (s’il advient) et la fin de vie de ses proches

* avoir une attention particulière au lieu de vie de la personne.

Par principe et sauf cas de force majeure ou de raisons pédagogiques flagrantes, le rôle de garant s’exerce pendant au moins un an, durant toute la durée du projet/bilan établi en commun. A l’issue de ce contrat, la personne à handicap mental peut négocier soit avec son garant, soit avec son chef de secteur un changement et avec la psychologue. Ce dernier est examiné afin de voir si la demande est pertinente et si le nouveau garant pourra rencontrer les besoins de la personne. De son côté, l’éducateur peut aussi négocier avec son responsable de secteur une modification au terme de son contrat pédagogique avec sa «garantie».

 

6.2. Nous avons aussi des garants de stage  pour les candidats résidents :

 

Comme indiqué plus haut, des stages de candidature pour admission future de résidents peuvent se faire. Ceux-ci ont une durée de un mois à six mois en fonction du type de handicap présenté par le bénéficiaire et ses besoins.

Les garants de stage de candidature seront : 

pour le secteur hébergement : l’éducateur désigné par le chef éducateur en tenant compte de son temps de présence avec le candidat,

pour le secteur travail : après lecture du dossier, le responsable désigne un garant en fonction des affinités et disponibilités.

Attention, avant la fin des trois premiers mois consécutifs à la date d’inscription en notre institution du nouveau résident, les garants désignés sont tenus de réaliser un premier bilan/projet pédagogique. Ce premier bilan consistera à faire le point sur les premières semaines passées par le nouveau résident chez nous. Des projets simples, sur base du premier bilan et des désirs exprimés par le résident seront établis tant pour le secteur travail que celui de l’hébergement. D’une validité maximum de 1 an, ils constitueront la base du véritable premier bilan/projet individuel du nouvel accueilli qui ne peut être réalisé qu’à partir d’une bonne connaissance réciproque.   

 

6.3. La psychologue garante des projets individuels

 

La psychologue est responsable de la gestion globale des projets pédagogiques individuels. Pour ce faire, elle se fait assister par le chef éducateur.

 

L’objectif premier de notre psychologue, dans le domaine des bilans/projets, est de faire en sorte que les valeurs de base de notre maison soient respectées. Elle attache également une importance au respect des besoins, intérêts, capacités et personnalité de la personne à handicap mental. 

 

Partant des souhaits de la personne à handicap pour élaborer ses projets, nous estimons qu'il est important de nous baser également sur ses besoins.

 

Notre grille de lecture est la « pyramide de Maslow », plus particulièrement en tenant compte du besoin prépotent (prepotent need). Nous avons pu constater que les personnes accueillies à la Maisonnée sont de plus en plus dans des besoins « prépotents » physiologiques. C'est pourquoi nous insistons pour que l'action éducative soit centrée en priorité sur ce besoin qui est la condition sine qua non du bien-être de la personne et de sa possibilité à réaliser au mieux ses projets.

 

Le vieillissement de la population accueillie et l’apparition de maladies mentales conjointes au handicap (double diagnostic) exigent maintenant une plus grande attention médicale, pédagogique et psychologique, un plus grand nombre d’interventions de soutien tant avec les résidents, leur famille, qu’avec les différents intervenants.

 

Notre encadrement paraît donc très « parental ». En Analyse Transactionnelle, on différencie l’attitude parentale positive et négative. Par attitude parentale négative, il faut entendre une attitude où l’on juge, critique, dévalorise, menace, contrôle, où l’on fait du chantage, où on « sauve », étouffe l’autre, c’est-à-dire lorsque l’on ne reconnaît pas la personne comme « ok ». Nous ne voulons pas agir de la sorte et nous tendons à opter plutôt pour une attitude parentale positive. Nous protégeons, guidons, donnons les normes et les moyens de réussir; nous énonçons les règles, devoirs, droits et les faisons respecter, nous donnons des permissions, nous écoutons, rassurons, encourageons; nous tentons d’ouvrir la personne à handicap mental à de nouvelles expériences.  De manière générale, après avoir fixé les normes et les structures sécurisantes qui seules permettent la véritable expression personnelle, nous encourageons toutes les initiatives et les demandes.

 

Nous avons pour mission d’aider la personne à réaliser ses propres objectifs, à lui donner l'assurance de la satisfaction de ses besoins et de la mettre en situation de réussite. Nous cherchons donc à rencontrer à la fois les besoins de la personne et ses souhaits, ses désirs. Il est pour nous important de définir les projets en fonction des acquis, des ressources, des besoins et des intérêts de la personne. Voilà pourquoi les projets de la personne accueillie sont par elle formulés et réalisés en partant du bilan des projets précédents. L’action des intervenants porte, elle, avant tout sur le choix judicieux de moyens qui permettront à la personne à handicap d'atteindre ses projets.

 

L’évaluation, par les intervenants, des projets se doit d’être continue. Nous évaluons de façon régulière la réalisation des objectifs principaux, vérifions s’ils sont encore adéquats, et modifions ou postposons ceux-ci si nécessaire. De manière plus formelle, l'évaluation des différents projets se fait lors de l'élaboration du bilan/projet suivant dans les douze à dix-huit mois qui suivent.

 

Le principal écueil des projets étant la difficulté d’identifier et de formuler les projets des personnes. Nous avons scindé les projets comportements – qui correspondent le plus souvent aux projets de l’équipe éducative – et les projets activités qui correspondent davantage aux demandes des résidents. Nous avons également remarqué qu’un nombre trop important de projets pour une même personne empêchait la réalisation de ceux-ci mais aussi leur connaissance par l’ensemble de l’équipe.  

 

D’autre part, nous limitons le nombre d’ateliers auxquels les résidents participent ( à deux ou trois maximum) afin de permettre aux résidents de développer leurs projets – de les mettre en place et de les réussir. 

 

C’est pourquoi la psychologue a la charge de négocier avec chacun les axes principaux de travail pour l’année à venir. Sauf exception, ces projets principaux ne devraient pas excéder

 

La partie médicale se veut concrète, compréhensible par tous et à l’usage des différentes équipes, sans outrepasser le secret médical.

 

Un questionnaire est remis aux parents ou responsables légaux, lors de la réunion de parents, afin qu’ils aient la possibilité de préparer également cette réunion. 

 

L’objectif des réunions projet s’axe sur l’échange pluridisciplinaire. La réunion se veut une expression officielle des projets par le résident. 

 

 

6.4. Procédure à suivre.

 

Les bilans sont à rentrer au chef éducateur. Ils sont lus par celui-ci et rendus aux éducateurs s’il y a des corrections. Après celles-ci, les projets sont transmis à la psychologue. Le chef éducateur a pour objectif de voir s’ils sont ancrés dans la réalité, s’ils respectent l’éthique et les valeurs de l’institution.

 

Quant à la psychologue, elle se charge de voir s’ils correspondent bien aux besoins de la personne (notion de globalité) et si les valeurs de base sont respectées.

 

L’éducateur garant peut choisir de se faire aider, s’il le souhaite, par la psychologue ou son responsable

 

L’évaluation des projets individuels se fait :

  • quotidiennement par les éducateurs
  • annuellement lors de la révision des projets individuels
  • à la demande, lors de réunions de cohérence pédagogique.


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